Ma réaction aux propos de Mr. Roland Mesot, Président de l’UDC Fribourg

abcDans un entretien télévisé sur la chaîne TELE.CH le 5 mai 2013 (http://www.latele.ch/play?i=34504), Mr. Roland Mesot, président de l’UDC Fribourg déclare que la révision de la loi sur l’asile, présentée en référendum le 9 juin (http://www.stopexclusion.ch/argumentaire/) permettra de réduire l’afflux de requérants d’asile qui viennent pour des raisons économiques. Il déclare que « sur 28’600 demandes d’asiles qui ont été faites en 2012, seuls 2’500 cas ont été reconnus, donc…celles qui n’ont pas été reconnues, c’était quoi? C’était principalement des raisons économiques », une citation retranscrite mot pour mot qui aurait dû être mieux exprimée mais on comprend le sens qu’il a souhaité donner à cette déclaration.

Les autres intervenants sur le plateau, Mr. Philippe Bovey de l’Entraide Protestante (EPER) et François Marthaler (ancien Conseiller d’état vert), probablement soufflés par cette déclaration erronée, sont restés muets.

Encore une fois je regrette que le journaliste n’ai eu les statistiques de l’ODM sous les yeux pour corriger Mr. Roland Mesot immédiatement en présence des téléspectateurs. Un conseil: avoir sa petite fiche à côté de soi pour éviter de laisser passer ce genre de déclaration trompeuse et sensationnelle.

Car ce dernier prétend à tord que seulement 2’507 personnes sur 28’631 demandes d’asile ont reçu l’asile et méritaient vraiment de venir. Les autres ne venaient que pour des raisons économiques. Que fait-il, des 2’060 personnes qui ont reçu l’admission provisoire? Ces personnes sont venues se réfugier en Suisse pour des raisons légitimes pas pour des raisons économiques.

Par ailleurs, on ne parle jamais des nombreuses décisions de non-entrée en matière prise rapidement après une audition brève sans examen des motifs d’asile. Comment peut-on affirmer que ces personnes sont des migrants économiques sans examen approfondi de leur situation personnelle et de leurs motifs de fuite? En 2012 et seulement pour les cas Dublin, l’ODM prononçait 11’029 décisions de non-entrée en matière (NEM) estimant que la compétence de la procédure d’asile relevait d’un « Etat Dublin » sans analyser les motifs d’asile des requérants. Beaucoup de ces personnes ont effectivement été transférées dans un Etat Dublin (4’637 personnes en 2012) et une partie non négligeable recevront un statut de protection dans un autre pays Dublin. Ce ne sont pas non plus des migrants économiques, elles ont fui leurs pays d’origine pour des raisons de survies.

Bien sûr, parmi elles, beaucoup ont choisi la Suisse pour ses structures d’accueils, d’autres choisissent notre pays parce qu’elles y ont de la famille ou pour fuir une situation d’extrême précarité qui met leur vie en danger i.e. un réseau de prostitution (voir les décisions du TAF concernant l’Italie et la France). Je ferais de même si j’avais le sentiment que personne, ni aucune association ne pourrait m’aider à me nourrir, à me loger, à me soigner durant l’examen de ma demande d’asile comme c’est le cas de beaucoup de personnes qui sont passées par la Grèce, l’Italie, la Hongrie.

Sur le Règlement Dublin et les états membres de l’Espace Dublin se référer au site: http://www.dublin-project.eu/fr

6 thoughts on “Ma réaction aux propos de Mr. Roland Mesot, Président de l’UDC Fribourg

  1. Vous pensez quoi de la votation du jour en France ? Ils ont supprimé de leur vocabulaire le mot « race » qui est expressément dans la Convention de Genève. Pensez-vous qu’une personne ne pourra plus obtenir l’asile en France si elle est persécutée en raison de sa race ?

  2. Transcription rapide : On essaie de dire qu’en supprimant la procédure aux ambassades, qui permet à des gens de déposer l’asile dans un pays puis d’être … euh … d’arriver jusqu’en Suisse, on règle une partie du problème alors que ça représente une toute petite partie, moins de 2 % des demandes d’asile qui sont traitées par la Suisse et parmi lesquelles 90 % des personnes obtiennent l’asile. C’est-à-dire que vraiment on porte atteinte aux vrais réfugiés et pas aux faux réfugiés. Là il y a quelque chose qui est vraiment très problématique.

    Posez lui la question. Je suis sûr qu’il admettra que le stress TV lui a fait oublier de préciser expressément que le 90 % se rapportait uniquement aux personnes autorisées à entrer en Suisse et pas à la totalité des demandes d’asile déposées dans une ambassade. Il s’est d’ailleurs arrêté à ce moment dans son énoncé (« euh »).

    Vous conviendrez en outre que c’était un point important de son message.

    Après, on se rejoint, il est aberrant de supprimer cette procédure à l’Ambassade. Merci toutefois d’être précis dans l’argumentation.

  3. Les déclarations de Mr. Philippe Bovey sont correctes je vous invite à réécouter ses déclarations.

    Je vous invite aussi à parcourir le document que vous trouverez sur le site de Stopexclusion sous la rubrique demandes à l’étranger.
    Demandes d’asile à l’ambassade

    Depuis 1980, date de la mise en place de la procédure d’asile à l’ambassade, 3’904 personnes sont effectivement venues en Suisse par ce biais en vue du traitement de leur demande d’asile. Sur ces 3’904 demandes, 3’153 ont déjà été traitées : un besoin de protection a été reconnu dans plus de 80% des cas (66% de statut de réfugié et 15,4% d’admission provisoire). En bref, 2’572 personnes ont eu la vie sauve grâce à la procédure d’ambassade. Voir le document proposé.

  4. Le représentant de l’autre camp en a également dit une belle sur les procédures à l’ambassade 🙂
    « parmi lesquels 90% des personnes obtiennent l’asile » (environ 6min 4)

    Les chiffres de la campagne :
    http://www.stopexclusion.ch/IMG/pdf/demandes_d_asile_a_l_ambassade_-_les_chiffres-3.pdf

    46’369 demandes dans une Ambassade
    4’386 autorisations d’entrée en Suisse
    3’904 sont effectivement venues en Suisse
    2’084 ont obtenu la qualité de réfugié
    488 ont obtenu une admission provisoire.

    Pour résumer: il y a donc eu 46’369 demandes et 2572 des personnes ont obtenu une protection. Le taux est donc de 5.5 %… Chaque vie sauvée compte, mais 5.5 % est très loin de 90 %, non ?

    Après, bien sûr, tout comme l’UDC, il est plus facile de prendre un autre rapport (par exemple celui entre le taux de reconnaissance et les personnes effectivement arrivées en Suisse)… mais ça, c’est une appréciation politique et non mathématique du moins si on explique pas véritablement le contexte de la démarche 🙂

    Ce rapport est en outre politiquement discutable si on oublie de préciser que Mme Sommaruga affirme que ses services délivreront un visa humanitaire à ces 4’386 personnes et qu’il n’y aura pas un durcissement de la pratique, mais une diminution des coûts administratifs pour traiter les 40’000 demandes qui n’ont aucune chance d’aboutir (ça c’est en revanche un point discutable).

  5. Quatre petites remarques :
    1. Votre dernier paragraphe est précisément ce que l’on appelle une migration économique. Votre définition de cette migration est trop restrictive.
    2. L’accord européen du 16 octobre 1980 sur le transfert de la responsabilité à l’égard des réfugiés
    http://www.admin.ch/ch/f/rs/c0_142_305.html doit régler les situations économiques ou humainement difficiles pour des réfugiés reconnus dans un autre pays européen ; ils n’ont pas le libre choix.
    3. Vous m’avez répondu il y a peu que la situation en Italie n’est pas aussi terrifiante que cela.
    4. Il est symptomatique de notre paysage politique actuel que, lors de la votation, l’UDC s’était opposé à l’Accord de Dublin, que les principales associations de défense des droits des migrants était pour … et qu’aujourd’hui, aucun des deux camps n’arrivent à se rappeler de qu’il a appelé à voter et à se positionner clairement. Personnellement, qu’aviez-vous voté à l’époque ? 😉

    La votation du mois de juin ne concerne pas ces points. Elle est en outre une erreur politique et les requérants d’asile vont malheureusement devoir en payer le prix (quelque soit d’ailleurs le résultat du scrutin). Le problème est qu’il y a trop d’argent en jeu, que ce soit en salaire, en dépenses publiques, en voix électorales… Le « fardeau » du domaine de l’asile aurait dû être des clopinettes (la Suisse peut se permettre d’accueillir sans problème 20 ou 30’000 demandes d’asile face aux communautaires qui représentent 10x plus chaque année), mais les milieux politiques (de gauche comme de droite, puis inversement) ont choisi de s’emparer de cette question et en ont fait un désastre humain, économique et politique.

    Amicalement.

  6. Merci pour votre intérêt et pour votre commentaire. La question des admissions provisoires et des NEM aurait méritée d’être posée. Sachez toutefois que la discussion sera reprise durant notre débat dédié uniquement à cette votation sur l’asile très prochainement sur La Télé. Cordialement,
    Gabriel de Weck

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