Je n’ai même pas pu lui dire au revoir!

Communiqué de presse du Centre social protestant (Genève) – 11 mars 2016

Le Centre social protestant de Genève a organisé vendredi un point presse pour faire part de sa profonde indignation suite à l’expulsion tôt le matin même d’Amanuel G.

Son épouse Shishay a livré un témoignage poignant:

« C’était vers quatre heures moins le quart du matin. Nous n’avons pas entendu la police rentrer car ils devaient avoir la clé de notre chambre. Je me suis réveillée, ils étaient au bord du lit dans lequel nous dormions mon mari, moi, et exceptionnellement une de nos filles qui est malade. Ils étaient quatre ou cinq, il y en avait peut-être d’autres dans le couloir. Ils nous ont donné l’ordre de ne pas bouger. J’ai essayé de parler avec mon mari, de lui dire de ne pas oublier certaines choses, comme ses médicaments. Mais les policiers nous ont donné l’ordre de ne pas parler entre nous dans notre langue. Hébété, mon mari a enfilé quelques vêtements par-dessus son pyjama pendant que la police mettait quelques affaires à lui dans un sac. Puis il a été menotté et emmené par la police. Comme nous étions en état de choc et que nous ne pouvions pas parler, je n’ai même pas pu lui dire au revoir. Il n’a même pas pu embrasser ses enfants une dernière fois. La police lui a mis un téléphone avec ses affaires, mais la puce de ce téléphone est désactivée. À cet instant je n’ai pas encore eu de nouvelles de lui. Je sais qu’il est en Italie, mais je ne sais ni où ni si il va bien. »

Par la voix de son directeur Alain Bolle, le CSP s’est dit choqué de cette situation: « ce renvoi est inattendu, dans la mesure où Amanuel G. s’est toujours présenté à l’OCPM et ne risquait pas de disparaître, puisqu’il vit avec son épouse enceinte et leurs deux enfants. Le renvoi intervient de plus alors que des démarches sont toujours en cours auprès de Mme Sommaruga. »

Pour François Miéville, juriste et mandataire d’Amanuel G.: « c’est un traumatisme supplémentaire pour Amanuel G. qui a vécu des persécutions terribles en Erythrée. Il avait certes obtenu le statut de réfugié en Italie, mais il n’avait reçu aucune assistance et y a vécu à la rue pendant des mois. N’importe qui à sa place aurait tenté de vivre en Suisse avec sa famille. Ce renvoi est scandaleux et inhumain tant dans son principe que dans la manière dont les choses se sont passées. »

Aldo Brina, chargé d’information sur l’asile, a quant à lui insisté sur le fait que « cette décision va à contre-sens de la politique de Mme Sommaruga, qui a annoncé fin février que les premiers contingents de réfugiés italiens seront bientôt relocalisés en Suisse. Et pendant ce temps l’administration suisse s’acharne à renvoyer un réfugié en sens inverse alors qu’il était déjà en Suisse et avait toutes les raisons d’y rester? C’est absurde. »

Le CSP Genève continuera de soutenir Amanuel G. qui doit revenir en Suisse pour vivre auprès de sa famille.

Pour rappel: 

Le CSP vous avait sollicité dernièrement pour signer une pétition contre le renvoi d’Amanuel G., réfugié érythréen qui vivait en Suisse auprès de sa femme enceinte et de leurs deux enfants. La pétition contre ce renvoi inhumain a été signée par près de 2’500 personnes, dont 2’196 sur internet. Des démarches discrètes étaient en cours auprès de Mme Sommaruga pour tenter de régler la situation sans faire de vagues. Sans attendre l’issue de ces démarches, les autorités cantonales ont procédé au renvoi avec une célérité inattendue. Le CSP divulgue ici une liste des personnalités qui ont signé la pétition.
Cette démarche est peu courante pour le CSP. Elle s’impose de par le caractère particulièrement choquant de cette situation où une famille a été séparée.

 

Contact : Aldo Brina, chargé d’information sur l’asile, 079 907 59 40 (merci de privilégier le téléphone, nous connaissons des problèmes momentanés de serveur mail)

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