Immigrants illégaux, détection, murs de barbelés pour contenir les flux vers l’Union européenne, les termes du derniers rapport de FRONTEX (1), sur ses activités de surveillance frontalière sont choquants. L’organisation doit revoir son vocabulaire.

Le rapport intitulé Annual Risk Analysis, 2014 donne des chiffres précis sur les flux migratoires de 2013 mais les termes ne sont pas adaptés à la situation de crise humanitaire vécue par la majorité des migrants concernés : Syriens fuyant la guerre, Erythréens, Somaliens.

Most people detected trying to cross irregularly an EU border in 2013 were Syrian nationals, according to the latest report by the EU border agency Frontex. 25,500 Syrians were detected trying to enter the EU irregularly, accounting for almost a quarter of the total of persons detected.

Mieux encore, le rapport se félicite du frein à l’immigration clandestine de syriens grâce aux moyens déployés en Grèce -la nouvelle clôture de 12 kilomètres de long et l’augmentation des effectifs en gardes-frontière sur la frontière turque. Le rapport mentionne la diminution conséquente du nombre de personnes arrivant de Syrie grâce notamment à la fermeture de la frontière Bulgare, qui a permis de diminuer « l’immigration illégale » vers ce pays.

Pourtant en droit international, il n’est pas illégal de traverser les frontières d’un pays pour y chercher refuge. Rappelons nous de la froideur de certains pays à l’égard des réfugiés juifs avant et pendant la deuxième guerre mondiale. L’article 31 de la Convention relative au statut de réfugié de 1951 est certainement né de ce traumatisme.

Les Etats contractants n’appliqueront pas de sanctions pénales, du fait de leur entrée ou de leur séjour irréguliers, aux réfugiés qui, arrivant directement du territoire où leur vie ou leur liberté était (…) entrent ou se trouvent sur leur territoire sans autorisation, sous la réserve qu’ils se présentent sans délai aux autorités et leur exposent des raisons reconnues valables de leur entrée ou présence irrégulières. Les Etats contractants n’appliqueront aux déplacements de ces réfugiés d’autres restrictions que celles qui sont nécessaires; ces restrictions seront appliquées seulement en attendant que le statut des réfugiés dans le pays d’accueil ait été régularisé ou qu’ils aient réussi à se faire admettre dans un autre pays. En vue de cette dernière admission les Etats contractants accorderont à ces réfugiés un délai raisonnable ainsi que toutes facilités nécessaires (article 31 alinéa 1 et 2 de la Convention relative au statut de réfugié de 1951).

En Europe, l’esprit est à la fermeture des frontières même envers les personnes sérieusement menacées comme les syriens. L’état d’esprit populiste déteint sur les organisations humanitaires pour la protection des réfugiés qui, sans le vouloir, utilisent des termes identiques sous prétexte qu’ils communiquent des communiqués de presse provenant d’autres organisations de contrôle et de surveillance des frontières (2).

Tout ça se fait tranquillement, insidieusement. Traiter « d’immigrants illégaux » des personnes qui par milliers, tentent par tous les moyens, de trouver refuge dans des pays européens, comme c’est le cas des syriens, équivaut à considérer que les juifs qui ont fui l’Allemagne, la Pologne, la Tchécoslovaquie, étaient en fait des immigrants illégaux. C’est ce que la Convention des réfugiés a voulu empêcher. Il ne fallait pas repousser les juifs qui fuyaient leur pays, comme il est inimaginable que des pays comme la Grèce et la Bulgarie érigent des murs de barbelés pour empêcher la venue de réfugiés syriens (3).

1. FRONTEX: Agence européenne de contrôle des frontières. Mandat: lutte contre l’immigration dite « clandestine ». Il publie chaque année un rapport annuel le “Annual Risk Analysis 2014” http://frontex.europa.eu/assets/Publications/Risk_Analysis/Annual_Risk_Analysis_2014.pdf
2. ECRE Weekly Bulletin : http://us1.campaign-archive2.com/?u=8e3ebd297b1510becc6d6d690&id=9804fc0d44
3. Rapport de HRW: http://www.hrw.org/news/2014/04/29/bulgaria-asylum-seekers-summarily-expelled

Je vous recommande aussi de lire et de consulter:

« Ces gens là sont morts, ce ne sont plus des migrants », par Jean-Marc Mannach, Le Monde Diplomatique, 31 mars 2014, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2014-03-31-morts-aux-frontieres

The Migrant Files: Une base de données sur 23’000 migrants décédés en Méditerranée, http://www.detective.io/detective/the-migrants-files

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