La Task Force mandatée par le Conseiller d’Etat Charles Beer, suite à sa visite au foyer de Saconnex pour les requérants d’asile, a publié son rapport très noir sur les conditions d’accueil et d’encadrement des requérants mineurs non accompagnés qui sont logés dans les foyers à Genève. La plateforme http://www.humanrights.ch (http://www.humanrights.ch/fr/Suisse/interieure/Groupes/Enfants/idart_10447-content.html) en résume les points principaux et le constat est particulièrement grave et inattendu dans une Genève tournée vers l’assistance humanitaire.

Genève accueille chaque année une partie des requérants d’asile mineurs non accompagnés (MNA) qui déposent une demande d’asile en Suisse. Ces jeunes, dont 85% ont entre 15 et 18 ans, sont arrivés sur le territoire sans leurs parents et aucune personne majeure n’est sur place pour prendre soin d’eux. Entre 2012 et 2013, ils étaient une quarantaine à être accueillis au foyer du Grand-Saconnex à Genève, en attendant que leur dossier soit traité par l’Office des migrations. Cela dans des conditions si graves qu’elles ont fait réagir le Conseiller d’État Charles Beer lors de sa visite de l’institution. À la suite de quoi le Conseil d’État avait mandaté le 6 mars 2013 une Task force afin de faire un bilan de la situation des MNA dans le canton de Genève. Publié en octobre 2013, le rapport fait état de conditions de vie inacceptables et propose des pistes de changement, à adopter rapidement.

Les problèmes mis en lumière dans le rapport sont l’absence d’éducateurs, d’activités extra-scolaires, de surveillance adaptée, de réfectoire. Par ailleurs, le manque d’encadrement (un équivalent temps plein de 2.1 pour environ 50 jeunes) fait que ces adolescents sont «gardés» par des securitas le soir et les week end et totalement laissés à eux-mêmes une grande partie de la nuit. Enfin, les bâtiments, des anciens bureaux destinés aux fonctionnaires de l’ONU, sont absolument inadaptés à leur utilisation actuelle. Selon les organisations Appartenance et coordination d’asile, plusieurs tentatives de suicide ont eu lieu au sein des foyers. Les jeunes rencontrent aussi de graves problèmes de «décrochage» scolaire et d’intégration.

Dans son rapport sur la Suisse en 2010, le Comité contre la torture (CAT) se disait déjà préoccupé par le phénomène de disparitions des mineurs non-accompagnés, et du risque pour ces mineurs de devenir victimes de la traite d’être humains ou d’autres formes d’exploitation. Un encadrement défaillant tel que celui proposé à Genève est donc inquiétant.

Mais la situation à Genève paraît encore plus catastrophique lorsqu’on la compare à d’autres voisins romands. Le foyer pour mineurs non accompagnés de l’Établissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) peut accueillir jusqu’à 42 garçons et filles entre 12 et 18 ans. Encadrés par onze personnes, dont huit à 100%, les jeunes disposent de locaux adéquats et d’une occupation du temps libre beaucoup plus adaptée à leur âge. En Valais aussi, le foyer du Rados présente des conditions de vie correctes avec un accompagnement suivi des jeunes dans leurs tâches quotidiennes. L’équivalent en temps de travail des collaborateurs du Rados est environ cinq fois plus élevé, pour quinze enfants, que celui mis à disposition d’une cinquantaine de jeunes à Genève.

Le rapport propose plusieurs solution, notamment celui d’augmenter le nombre d’assistant sociaux et d’éducateurs pour encadrer mieux ces mineurs et celui d’attribuer un foyer exclusivement réservé aux mineurs ce qui permettra de séparer les mineurs des adultes, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. La Task force rendra au printemps 2014 un second rapport sur la mise en œuvre des recommandations qu’elle a faites en octobre 2013.

Sources
Premier rapport concernant les conditions d’existence des mineurs dans les centres d’accueil , Task force mandatée par le Conseil d’Etat par décision du 6 mars 2013, octobre 2013.
Observations finales du Comité contre la torture (CAT/C/CHE/CO/6), (Cinquième et) sixième rapport de la Suisse au CAT 2009-2010

1 commentaire »

  1. Est-ce qu’un Etat européen a déjà refusé de transférer en Suisse un requérant d’asile en vertu de l’accord de Dublin ? pour des raisons humanitaires, sanitaires ou autres ?

    Et la Suisse ? dans combien de pays peut-elle encore transférer des requérants d’asile sans la critique virulente des ONGs ?

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