Les réfugiés font les frais d’une importante pénurie de fonds — UNHCR

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Communiqué de presse UNHCR (9.10.2018)

Selon un nouveau rapport du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, publié aujourd’hui par le Service du HCR pour la mobilisation des ressources et des relations avec les donateurs, le financement pour l’aide et l’assistance aux personnes déracinées et aux apatrides à travers le monde se réduit. A peine plus de la moitié des besoins sont satisfaits. Les difficultés et les risques s’aggravent pour de nombreux réfugiés et déplacés internes ainsi que pour les communautés d’accueil.

Avec 68,5 millions de personnes déracinées à travers le monde au début de cette année, l’aide financière des gouvernements pour l’assistance et la protection des réfugiés, ou d’autres situations de déplacement, a rarement été sous une telle pression. Sur la base des contributions versées à ce jour, nous prévoyons que le financement pour 2018 ne couvrira que 55 pour cent des 8,2 milliards de dollars dont nous avons besoin. Ce chiffre était de 56,6 pour cent en 2017 et de 58 pour cent en 2016. En un mot, le financement des donateurs accuse un retard croissant, alors que le nombre de personnes déracinées à travers le monde est en augmentation.

Et les conséquences pour les réfugiés et les personnes déplacées en particulier sont bien concrètes. Situation après situation, nous constatons une augmentation de la malnutrition, des installations sanitaires surpeuplées, des logements et des abris de plus en plus délabrés, des enfants dans des salles de classe surpeuplées ou sans école, et des risques croissants en matière de protection en raison de la pénurie de personnel pour traiter les enfants non accompagnés, les victimes ou la violence sexuelle.

Le Burundi, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud, l’Afghanistan, la Somalie et la Syrie sont les six pays où la situation des réfugiés et des personnes déplacées est fortement compromise.

Le HCR exprime sa gratitude aux donateurs pour leur appui essentiel. La nature  flexible des dons permet d’atténuer l’impact des crises, et d’allouer les fonds là où les besoins sont critiques.

Situation Burundi

La situation des réfugiés burundais arrive en tête avec un financement estimé seulement à 28 pour cent des 206 millions de dollars nécessaires. L’impact se fait expressément ressentir dans tous les domaines de l’aide en faveur des 400 000 réfugiés dans les pays voisins.

Les réfugiés ne peuvent plus nourrir leurs familles suite aux réductions des rations alimentaires. Les abris sont délabrés dans certains endroits, les centres de santé ont du mal à faire face au nombre de patients, les salles de classe sont surpeuplées et la capacité de fournir des services de soutien aux enfants non accompagnés et aux victimes de violences sexuelles est très limitée.

En Tanzanie, des années après leur arrivée, environ 52 pour cent des 232 716 réfugiés burundais vivent toujours dans des abris d’urgence et presque 18 000 élèves réfugiés suivent des cours en plein air sous les arbres.

Dans le campement de Nakivale, en Ouganda, des milliers de familles réfugiées doivent utiliser des latrines communes, ce qui leur fait courir des risques élevés en matière d’épidémies et du besoin d’intimité. Les femmes et les enfants sont en particulier exposés à des risques élevés en matière de protection. Avec du matériel pédagogique insuffisant et des salles de classe surpeuplées, l’éducation est rudimentaire.

Le manque de fonds a contraint le HCR à mettre fin à son programme d’assistance en espèces dans le camp de Mahama, au Rwanda, qui accueille 19 500 familles. Cela a gravement affecté la capacité des réfugiés à subvenir à leurs besoins essentiels.

Situation République démocratique du Congo

En ce qui concerne la République démocratique du Congo affectée par le conflit, ainsi que les pays accueillant des réfugiés congolais, le HCR n’a reçu jusqu’à présent que 31 pour cent des fonds nécessaires sur les 369 millions de dollars recherchés.

Le financement limité affecte l’accès à l’éducation et aux soins de santé, ainsi que les activités de subsistance, en particulier à destination des jeunes. Dans les pays hôtes qui accueillent près de 800 000 réfugiés, les camps et les installations ont dépassé leur capacité initiale d’accueil mais doivent encore accueillir de nouveaux arrivants réfugiés.

Les normes minimales sont souvent difficiles à respecter en ce qui concerne les distributions alimentaires, les niveaux nutritionnels, la santé et d’autres besoins fondamentaux.

A l’intérieur de la RDC, des fonds d’urgence sont nécessaires pour décongestionner les camps et les sites de déplacés afin d’enrayer la propagation des maladies transmissibles.

Situation Afghanistan

Alors que le conflit dure depuis près de quatre décennies, environ 2,4 millions d’Afghans vivent au Pakistan et en Iran en tant que réfugiés. Par ailleurs, 1,9 million de personnes sont également déplacées en Afghanistan. Les opérations du HCR pour 2018 pour ces trois crises sont financées à hauteur de 32 pour cent par rapport aux besoins, soit 304 millions de dollars.

En Afghanistan, le manque de financement affecte les projets du HCR dans 60 localités. Ces projets comprennent l’aide à 132 700 familles afghanes pour réhabiliter et construire des logements dans le cadre de programmes « cash for work » (travail contre espèces), le soutien au micro-entreprises, la fourniture de panneaux solaires pour les systèmes d’éclairage dans les maisons ou l’allocation d’espaces adaptés aux jeunes et aux femmes.

Au Pakistan, qui accueille 1,4 million de réfugiés afghans, le manque de financement affecte la gratuité de l’enseignement primaire pour 57 000 enfants réfugiés ainsi que les services de santé de base dans 54 villages de réfugiés. Le manque d’accès aux services sociaux, comme la santé et l’éducation, ainsi que la baisse des formations sur les moyens de subsistance pourrait forcer les réfugiés à partir ou à retourner en Afghanistan.

En Iran, le manque de financement signifie que moins de réfugiés vulnérables bénéficient d’une prime subventionnée pour l’affiliation au régime national d’assurance maladie et que les réfugiés les plus vulnérables ne pourraient donc pas se permettre de s’inscrire. La baisse du soutien au système de soins de santé primaires réduirait la disponibilité des services dans les régions reculées. La baisse d’investissement dans le système éducatif limite la scolarisation des enfants afghans.

Situation Soudan

Le conflit en cours dans la plus jeune nation au monde a forcé environ 2,4 millions de personnes à devenir des réfugiés, tandis que deux millions d’autres sont déplacées à l’intérieur du pays. L’appel de fonds du HCR pour un montant de 783 millions de dollars en faveur des réfugiés et des déplacés internes n’est financé qu’à hauteur de 33 pour cent.

Faute de fonds suffisants, l’aide alimentaire pour les réfugiés a été interrompue à de nombreuses reprises. Les taux élevés de malnutrition aiguë globale (MAG) et de malnutrition aiguë sévère (MAS) signalés dans les pays d’asile ont aggravé les tous premiers problèmes en matière de protection auxquels sont confrontés les réfugiés sud-soudanais avant leur fuite, en particulier les femmes, les enfants et les jeunes.

Des rations complètes n’ont été distribuées qu’aux réfugiés au Kenya et en Ouganda et à 75% des réfugiés en République centrafricaine. Environ sept pour cent des réfugiés sud-soudanais vivent dans des abris semi-permanents.

Au Soudan, environ 80 000 réfugiés n’ont toujours pas accès à des latrines dans les 10 camps. Dans certains cas, plus de 70 personnes utilisent la même latrine commune. 57 000 réfugiés vivent dans des installations informelles à Khartoum sans aucune assistance.

En Ouganda, le manque de ressources ne permet pas de disposer de suffisamment de personnel pour assurer la qualité des services de protection de l’enfance et un suivi adéquat des enfants pris en charge. Un travailleur social s’occupe de 150 enfants. Les enfants représentent 63 pour cent de la population réfugiée. L’approvisionnement en eau des réfugiés demeure également inférieur à la norme.

Situation Syrie

Environ 5,6 millions de réfugiés syriens dans la région et 6,2 millions de déplacés à l’intérieur du pays sont directement affectés par le manque de fonds. L’appel de fonds du HCR, d’un montant de 1,968 milliard de dollars pour la crise syrienne, n’est financé qu’à hauteur de 35 pour cent.

Le HCR est confronté à un défi de taille : venir en aide à 1,3 million de réfugiés syriens dans la région et 1,35 million de déplacés internes et de rapatriés en Syrie, avec une aide pour les équipements contre la saison hivernale. L’aide en espèces durant la saison d’hiver est particulièrement importante au Liban et en Jordanie. Elle constitue un moyen efficace et essentiel d’aider les réfugiés pendant l’hiver.

Sans financement supplémentaire, l’aide en espèces cessera en novembre. Cela pourrait avoir un impact dévastateur sur les familles de réfugiés en Jordanie et au Liban, où la majorité des familles vivent sous le seuil de pauvreté. Environ un demi-million de réfugiés ont cruellement besoin d’un financement pour payer leur loyer, subvenir à leurs besoins quotidiens et maintenir leur accès aux services essentiels.

L’inflation des coûts liés aux soins de santé augmente le risque que les familles de réfugiés ne soient même pas en mesure d’obtenir les services médicaux essentiels, comme la vaccination des enfants. Des ressources sont nécessaires pour fournir des soins de santé à 35 000 réfugiés syriens vulnérables dans la région, en particulier en Jordanie et au Liban.

Situation Somalie

Plus d’un million de réfugiés somaliens sont accueillis dans six pays et deux autres millions sont déplacés à l’intérieur du pays. Le HCR recherche 522 millions de dollars pour l’aide aux réfugiés et aux déplacés somaliens. A ce jour, cette opération est financée à hauteur de 37 pour cent.

Après des décennies de conflit, la vie des Somaliens s’est quelque peu améliorée, mais la situation reste fragile et nécessite un soutien continu. L’absence de soutien aux réfugiés et aux communautés d’accueil pourrait entraîner une détérioration des conditions humanitaires, donner l’impression d’un manque de soutien aux communautés d’accueil et précipiter les retours de réfugiés avant que le gouvernement somalien ne soit en capacité de les accueillir et les intégrer.

Vous trouverez toutes les informations sur les situations confontées aux plus importantes pénuries de fonds dans la brochure disponible ici (version anglaise).


Ceci est un résumé des déclarations du porte-parole du HCR, Babar Baloch – à qui toute citation peut être attribuée – lors de la conférence de presse du 9 octobre 2018 au Palais des Nations à Genève. Pour de plus amples informations à ce sujet, veuillez contacter Babar Baloch, baloch@unhcr.org, +41 79 513 95 49

Photo: Des rapatriés burundais attendent l’arrivée du chef du HCR Filippo Grandi dans le village de Higiro, au nord du Burundi.   © HCR / Georgina Goodwin

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