Article de Luma Pillet publié sur le site asile.ch le 30 janvier 2016. Cliquez ici pour lire l’article sur le site.

HOT QUOI?

Présentés comme fers de lance de la nouvelle stratégie adoptée par l’Union européenne (UE), les «hotspots» doivent répondre aux récentes «pressions migratoires». La Commission européenne les définit comme des centres d’accueil et d’enregistrement où l’on identifiera et enregistrera les nouveaux arrivants, avant de prendre leurs empreintes digitales (1). Bon nombre de dirigeants européens considèrent ces centres comme la solution miracle. Et la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga d’ajouter qu’ils sont la condition préalable à une relocalisation solidaire des demandeurs d’asile au sein des Etats membres de l’UE et de ses partenaires comme la Suisse (2). Mais qu’en est-il de la réelle nature de ces centres? Par qui seront-ils gérés? Quant au respect des droits humains, quelles garanties offrent-ils?

POINTS D’ACCUEIL OU ZONES DE REFOULEMENT?

Revenons d’abord à l’origine du terme « hotspot»: tiré du vocabulaire policier, le hotspot désigne des zones « identifiées comme devant faire l’objet d’une intensification des interventions policières» (3). Dans le cas qui nous intéresse, la Grèce, l’Italie, Malte ou la Hongrie correspondent à ces zones géographiques où des contrôles sécuritaires plus intenses devraient être déployés. Cette mission reviendra aux agences Frontex ou Europol, principalement tournée vers une action de surveillance et de contrôle. L’utilisation d’un tel terme questionne donc les réelles motivations guidant l’action européenne: sont-elles humanitaires ou répondent-elles à une paranoïa sécuritaire?

L’objectif ultime de ces centres est double: d’une part, différencier en environ 72 heures les individus qui auraient le droit de déposer une demande d’asile des autres. Un tri qui souvent se base sur le seul critère de la nationalité, notamment d’après une liste de pays d’origine sûrs édictée par la Commission européenne (4). D’autre part, pouvoir procéder à leur relocalisation dans un autre Etat, afin de soulager les pays qui se trouvent à la périphérie de l’espace Dublin. Ils créent de ce fait deux catégories d’individus, les «demandeurs d’asile» et « les migrants économiques».

LESBOS, PREMIÈRE TENTATIVE

Situé sur l’île grecque de Lesbos en Grèce, le premier hotspot a été déclaré opérationnel à la mi-octobre. Plusieurs autres centres sont en train d’être mis en place dans le pays, mais aussi en Italie, plus précisément en Sicile. Les premières observations faites à Lesbos ne présagent rien de bon: des conditions d’accueil déplorables, une procédure de détermination du statut de réfugié expéditive, sans prise en compte des motifs individuels de fuite et où la nationalité devient le critère déterminant, mais également des risques concrets de violation du principe de non-refoulement. Un récent rapport de Médecins sans frontières sur l’ancien centre d’accueil de Pozzallo, en Sicile, transformé en hotspot confirme ces craintes, parlant en outre de conditions d’accueil ne répondant pas aux standards minimums, de mises en détention, etc.. (5)

De nombreuses questions restent en suspens. Qu’adviendra t-il de celles et ceux dont on a rejeté le droit de déposer une demande d’asile? Qu’en est-il de la relocalisation des personnes ayant pu passer le premier filtre, alors que la solidarité européenne peine à se concrétiser? Quel accueil et quelle intégration leur seront proposés? Les hotspots constituent-ils vraiment LA solution à la crise migratoire actuelle? Rien n’est moins sûr.

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