A l’heure où la Commission européenne s’engage au lancement de « Frontex Plus » d’ici à la fin novembre, pour remplacer « Mare Nostrum » (1), on doit se demander qu’elle sera réellement sa mission ?

– a) Soulager l’Italie en acheminant les migrants et candidats à l’asile vers d’autres pays européens afin de décharger ce pays et d’alléger ses infrastructures d’accueil ou

– b) soulager l’Italie en raccompagnant ces réfugiés politiques et économiques vers le pays d’où ils sont partis (Maroc, Lybie, Tunisie etc.), puis organiser un « tri » sur le territoire de ces pays avec l’aide du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (UNHCR) et de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

L’opération « Mare Nostrum » menée par la marine italienne, a permis de secourir plus de 63 000 personnes mais certains observateurs estiment qu’elle a eu un effet incitatif. Depuis janvier 2014, le nombre des traversées a fortement augmenté, avec plus de 100 000 arrivées en Italie et, malheureusement, les naufrages aussi se sont multipliés, faisant au moins 2 000 morts pendant cette période (source: UNHCR).

Devant le risque de voir l’Italie suspendre l’application du Règlement Dublin III (2) et laisser filer en Europe les réfugiés nouvellement arrivés en Italie sans prendre leurs empreintes, la Commission européenne est venue avec la proposition d’assistance commune et partagée entre tous les pays de l’Union européenne pour faire face à cet afflux. Fin novembre, une nouvelle opération, qui sera une « fusion et extension » des dispositifs déployés par Frontex (3) au large de l’Italie (Hermès, 2011) et de la Grèce (Aenea, 2012) sera lancée. Le succès dépendra de la contribution des Etats membres, qui devront être plus nombreux à participer, avec plus de moyens et d’hommes. Les Etats devront fournir des équipements, des avions, des bateaux afin de garder aussi bien que possible les frontières européennes et du personnel bien formé.

Pourtant, investir lourdement en Méditerranée pour sécuriser les frontières de l’Europe ne fera que détourner les routes de migration. Les flux migratoires sont corrélés aux crises politiques et aux conflits. Un petit extrait documentaire nous le rappelle ici: Comprendre l’immigration clandestine

Par exemple, en Espagne les moyens alloués pour la protection des frontières depuis une dizaine d’année n’ont pas détourné les migrants pour autant. Ces derniers prennent des risques mortels pour pouvoir atteindre l’Europe. Un autre documentaire passionnant expose le problème des personnes arrivées sans papiers en Espagne. Amnesty International a dénoncé les sommes astronomiques dépensées par les autorités pour défendre ses frontières alors que celles attribuées au requérants d’asile en Espagne sont ridicules. Entre 2007 et 2013, 289 millions d’euros furent dépensés pour la protection des frontières contre 9.3 millions d’euros pour les requérants d’asile. Pour Amnesty, les tragédies qui ont touché l’Espagne et l’Italie ces derniers mois, ne doivent pas être adressées sous l’angle de la protection des frontières européennes, cela ne ferait que causer beaucoup d’autres drames humains. Le documentaire qui suit explique la situation très grave dans laquelle se trouvent des millers de migrants sans-papiers en Espagne: Spain struggle with immigration issues

Des hommes, des femmes et des enfants font des millers de kilomètres pour arriver en Europe où ils rêvent de vivre enfin dans le respect de leurs droits et en sécurité, sans risques de persécution. Migrer n’est pas un crime et pourtant les gouvernements européens utilisent de plus en plus la détention de ces personnes comme une réponse pratique et systématique aux migrations.

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(1) L’opération « Mare Nostrum » fut un déploiement naval à grande échelle mis en place en octobre 2013 par l’Italie pour secourir les candidats à l’immigration traversant la Méditerrannée. C’était une opération de repérage et de sauvetage des embarcations en danger près des côtes italiennes, tunisiennes et lybiennes.

(2) Voir notamment l’article de Barbie Latza Nadeau, The Daily Beast, 26.8.2014, http://www.thedailybeast.com/articles/2014/08/26/italy-s-latest-export-is-refugees-and-the-rest-of-europe-is-not-happy.html
(3) Frontex est l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (Frontex). Elle a été créée en 2004. Elle est opérationnelle depuis octobre 2005. L’Agence a pour objet le contrôle et la surveillance des frontières extérieures de l’Union européenne (UE) ainsi que l’harmonisation des dispositifs de contrôle des flux migratoires sur le territoire européen. Frontex a vu son influence progressivement renforcée jusqu’en avril 2007 avec la mise en place d’Équipes d’intervention rapide aux frontières (Rabit). L’agence possède un important contingent, actuellement positionné en Grèce, principal point d’entrée terrestre des clandestins dans l’Union. Les États membres de l’UE restent néanmoins responsables de la gestion de leurs frontières, mais peuvent requérir l’appui de l’agence sur les opérations qui nécessitent une logistique renforcée. Depuis 2007, Frontex et plusieurs États membres de l’UE, parmi lesquels la France et l’Italie, organisent des patrouilles mixtes avec d’autres pays riverains de la Méditerranée.

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