Le CICR dénonce les refoulements aveugles vers la Libye et rappelle l’Europe à ses obligations internationales

Dans un communiqué de presse le CICR tire la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire en Libye. Pour la première fois, le président du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR), Peter Maurer, a fait le déplacement vers ce pays détruit et souffrant. Il a visité les villes de Tripoli, Tobrouk et Benghazi pour évaluer la situation et s’entretenir avec des hauts responsables libyens.

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Les refoulements à la frontière expliquent la baisse des demandes d’asile en Suisse en 2017 – Le Temps des réfugiés

En 2017 les demandes d’asile ont chuté d’un tiers avec 18’088 demandes déposées en Suisse. C’est le chiffre le plus bas enregistré depuis 2010 selon le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM).

Ce chiffre est principalement dû aux mesures de sécurisation des frontières européennes et suisses et non à l’apaisement des conflits et des violences qui affectent les réfugiés dans le monde. Les outils de contrôle migratoire comme les accords de Dublin, les détentions administratives souvent abusives et les refoulements à la frontière de “réfugiés illégaux” – termes très inappropriés du Corps des garde-frontières (Cgfr) –  font partie de l’arsenal prioritaire des mesures appliquées avec peu de considération pour les souffrances humaines de personnes vulnérables, souvent rescapées des camps de détention libyens.

Explications du SEM

Pour expliquer ce chiffre bas, le SEM mentionne tout d’abord la descente en flèche du nombre de débarquements en Italie à partir du 16 juillet 2017 entraînant une diminution conséquente du nombre de demandes d’asile en Suisse des personnes en provenance de la région subsaharienne.  Le blocage des migrants en Libye, grâce à la surveillance accrue des garde-côtes libyens, formés et équipés par l’Union européenne mais aussi de milices armées douteuses, a entraîné une chute de 70% des arrivées en Italie selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Le SEM explique aussi cette baisse par la diminution en 2017 de “la migration secondaire” surtout en provenance d’Allemagne de personne d’origine afghanes, irakiennes et syriennes.

Enfin, le SEM évoque le pacte migratoire entre l’Union européenne et la Turquie qui n’a pas empêché l’arrivée de 29’700 migrants en Grèce et indique le peu de renvois effectués depuis la Grèce vers la Turquie, l’échec résidant apparemment dans le système d’asile grec.

En attendant, la Suisse profite beaucoup de ces accords et des blocages créés par la politique européenne de tri des requérants d’asile, initiée avec les centres d’accueil “hotspot” en Grèce et en Italie. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2017, des milliers de requérants d’asile ont été détenus dans les camps “hotspot” sur les îles de Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros dans des conditions insupportables.

Communication des garde-frontières

Cependant le SEM ne parle pas des refoulements exécutés par les garde-frontières en 2017. Il précise simplement que la “grande majorité des migrants interceptés à la frontière sud (Tessin) n’ont pas demandé l’asile en Suisse.” Faux selon les ONG et difficile à croire. La version officielle des garde-frontières fait mal au ventre.

Dans leur communiqué publié sur plusieurs sites d’information dont 20 Minutes, 24 heures et la RTS on lit que les “entrées irrégulières de réfugiés” se sont élevés à 27’300 en 2017, une diminution d’un tiers par rapport à 2016. Parmi ces personnes se trouvent des Guinéens, des Nigérians, des Gambiens et des Somaliens. En tout, ce sont 17’526 “réfugiés illégaux” qui ont été refouler à la frontière dont 13’018 depuis Chiasso (Tessin) dans le cadre de l’application de l’accord bilatéral de réadmission (signé à Rome en 1998) qui prévoit une procédure simplifiée.

Même avec le plus grand respect pour le travail des garde-frontières, il est difficile de comprendre comment on puisse considérer ces personnes venant de si loin, ayant tout quitté et tout perdu pour traverser la Mer Méditerranée au péril de leur vie, comme des “réfugiés illégaux”.

Mineurs non-accompagnés encore refoulés alors qu’ils demandent protection

Sur sa page Facebook, Lisa Bosia Mirra, députée au parlement tessinois, dénonce les refoulements systématiques. Ceux des mineurs non-accompagnés sont particulièrement inquiétants. Ils ont continué en 2017 selon l’Association d’études juridiques sur l’immigration qui a recensé de nombreux cas pour lesquels une procédure de réadmission en Italie a été enclenchée alors qu’ils avaient exprimé par écrit un besoin de protection internationale.

C’est l’organisation humanitaire Intersos qui le dénonce. En collaboration avec Open Society, elle a mené une étude en examinant pendant des mois les passages aux frontières italiennes.

Dans un article poignant paru aujourd’hui sur Swissinfo Floriana Bulfon en a résumé les points les plus inquiétants: aux frontières italiennes, des enfants sont privés de la possibilité de parler avec un interprète ou un médiateur, d’appeler des parents qui pourraient les rejoindre ou de présenter une demande d’asile.

Sommaruga versus Maurer

Le Corps des gardes-frontière fait partie de l’Administration fédérale des douanes (AFD), qui est elle-même rattachée au Département fédéral des finances (DFF) dirigé par Monsieur le Conseil fédéral Ueli Maurer (UDC), chef du Département fédéral des finances depuis janvier 2016. Son crédo? La sécurisation des frontières au détriment, on le voit, du respect des droits humains. Ce n’est d’ailleurs pas leur formation des gardes-frontière qui fait défaut ce sont, tout simplement, les ordres du sommet qui doivent impérativement être revus et corrigés.

Au 7e Symposium suisse sur l’asile (30 et 31 janvier 2018), Madame la Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga  a déclaré que la « politique d’asile a pour fonction de protéger les personnes vulnérables, et non pas de les repousser ». Un message destiné je l’espère à son collègue UDC.

 

Refugees International report: “Hell On Earth”: Abuses Against Refugees and Migrants Trying to Reach Europe from Libya — MIGRANTS AT SEA

A new report from Refugees International by Izza Leghtas:  “…..Whether they went to Libya to work or just as a place of transit on their way to safety and protection in Europe, migrants and refugees who have spent weeks, months or years in Libya face abuses that include arbitrary detention, torture, unlawful killings, rape, forced labor, kidnapping, and even slavery. Many are held by smugglers for months or detained in official or semi-official detention centers in inhumane conditions where even their most basic rights as human beings are denied. Libya itself has been in turmoil since 2011, with three different governments competing for power and militias and criminal networks operating across the country. More than 60,000 refugees and migrants arrived in Europe between January 1 and May 24, 2017, with the vast majority landing in Italy. Eager to stem the flow of people using this route, the European Union (EU) and its member states have deployed measures which include training and equipping the Libyan coast guard and promoting returns to people’s countries of origin. As the violence and chaos in Libya continue, the EU must ensure that its actions do not result in refugees and migrants being returned to torture or other forms of ill-treatment in Libya. The EU must make rescue at sea a priority. The EU should also provide solutions for people in need of international protection, including safe and legal paths to protection in Europe while pushing Libya to fully ensure all human rights protections for refugees and migrants in that country…..”

Full report here.

via Refugees International report: “Hell On Earth”: Abuses Against Refugees and Migrants Trying to Reach Europe from Libya — MIGRANTS AT SEA

La détention offshore des requérants d’asile: une pratique australienne qui déteint sur l’Europe

 

Un article récent du Daily Telegraph est passé presque inaperçu. Ellen Whinnet du News Corp Australia Network y expliquait qu’au moins six pays européens auraient récemment demandé conseil à l’Australie pour stopper les traversées en Méditerranée. Les discussions privées ont eu lieu malgré les dénonciations répétées de l’Union européenne contre les refoulement systématiques des requérants d’asile arrivant par bateau en Australie et contre leur détention offshore sur l’île de la République indépendante de Nauru et de celle de Manus en Papouasie Nouvelle Guinée (1).

En novembre 2016, l’Australie aurait même envoyé des membres hauts-placés de la Force frontalière (Border Force) à Varsovie en Pologne afin de discuter avec des “agences européennes de protection des frontières” et trouver des solutions pour bloquer les arrivée de bateaux en Italie et en Grèce. Peter Dutton, Ministre australien de l’Immigration et de la protection des frontières a confirmé des contacts sur ce sujet avec le Royaume-Uni, l’Autriche et d’autres gouvernements qui voient dans la méthode australienne la meilleure solution pour arrêter les arrivées des personnes migrantes en Europe.

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Myanmar: Pourquoi les grandes puissances n’ont pas intérêt à améliorer le sort des Rohingyas

Article publié sur le blog Le Temps des réfugiés, 11 janvier 2017. 

On dit des Rohingyas qu’ils sont les plus persécutés au monde. C’est en tous cas le titre que donne The Economist à son article daté du 13 juin 2015. C’est vrai, cette population musulmane minoritaire est détestée, persécutée, discriminée, amputée de ses droits politiques et fondamentaux depuis des décennies. Lorsqu’ils fuient leur pays, ils sont enfermés dans des centre de détention administrative, refoulés ou déportés vers le Myanmar quand ils ne sont pas remis à des trafiquants.

Les autorités birmanes ont longtemps opéré en cachette alors que le pays était isolé durant les années de la junte militaire, entre 1962 et 2015. Malgré l’arrivée au pouvoir de la Ligue nationale pour la démocratie représentée par Aung San Suu Kyi, les exactions commises à l’égard de cette communauté depuis trois mois, n’ont jamais été si graves. Les organisations comme Human Rights Watch, Amnesty international ou même le Haut-commissariat des réfugiés n’hésitent pas à parler de nettoyage ethnique et les Rohingyas dénoncent un génocide à ciel ouvert alors que l’impunité règne. Ce sont des viols en bandes, des disparitions forcées, des interrogatoires sous tortures et des destruction de villages entiers incendiés contre des civils qui sont interdits de retour.

Un peuple détruit, sans terres ni droits

La population Rohingya est un groupe ethnique de langue indo-européenne et de religion musulmane vivant principalement dans le nord de l’État de Rakhine.  Elle se distingue des autres habitants de cet Etat qui parlent birman et qui sont bouddhistes.

Au moment de l’indépendance en 1948, les Rohingyas sont reconnus en tant que minorité nationale mais la politique de “birmanisation” de la junte militaire mène à la destitution de leur citoyenneté en 1982. La loi birmane sur la nationalité de 1982 spécifie que seuls les groupes ethniques pouvant faire la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823 (avant la première guerre anglo-birmane qui a mené à la colonisation) peuvent obtenir la nationalité birmane. Exclus des 135 ethnies officiellement reconnues, les Rohingyas voient leurs droits fondamentaux complètement niés: l’accès aux soins de base, aux écoles et aux marché du travail leur sont défendus et leur liberté de mouvement restreinte et contrôlée.

Aujourd’hui les Rohingyas sont appelés “Bengali” et la plupart des birmans les considèrent comme des immigrants illégaux venus du Bangladesh ou installés par les colons anglais.

Les confrontations avec les militaires en 1978 et 1991 provoque l’exil de centaines de milliers de personnes au Bangladesh surtout mais aussi en Thailande, en Malaysie, et en Indonésie. Or aucun de ces pays n’a ratifié la Convention des réfugiés de 1951 ni son Protocole de 1967 et l’absence de cadre juridique régional de protection des réfugiés a rendu leur situation humanitaire des plus critique.

Depuis des décennies les déplacés internes et les réfugiés Rohingyas sont entassés dans des camps fermés ou, lorsqu’ils parviennent à rejoindre les pays voisins, dans des centres de détention administrative (“Immigration Dentention Centre”) destinés aux migrants illégaux. Comme ils ne peuvent pas prouver leur identité ou leur lieu d’origine ils sont souvent déportés vers des de pays ou des régions inconnues. Dans les années 90 beaucoup de Rohingyas détenus à Bangkok au Centre de détention administrative de Suan Plu sont déportés vers des contrées ethniques inconnues (Etat Karen au Myanmar) et même vers le Cambodge. Les plus chanceux ont bénéficié du programme de réinstallation du HCR, notamment depuis le Bangladesh ou la Malaysie mais c’est une minorité.

Les événements récents

Depuis 2011, les discours haineux à l’égard des Rohingyas sont proférés par un moine puissant – Ashin Wirathu – que l’on sait soutenu, depuis sa libération de prison en 2011, par d’anciens dirigeants politiques. En 2012, les violences à l’égard des Rohingyas ont explosé suite au viol d’une femme perpétré par plusieurs Rohingyas qui a causé sa mort. D’une violence inouïe, les confrontations ont provoqué le déplacement de milliers de civils. De 2013 à 2015,  120’000 Rohingyas ont pris la mer pour trouver refuge en Thaïlande en Malaysie et en Indonésie.

En mars 2016, le gouvernement birman annonce la fin de l’Etat d’urgence mais les violences reprennent en octobre 2016 suite à l’attaque d’un poste de police par des hommes non identifiés mais désignés par les autorités comme étant des Rohingyas radicalisés du groupe “Aqa Mul Mujahidin”.

Cette attaque a provoqué des représailles violentes contre la  minorité musulmane. Quelque 43’000 personnes ont dû fuir leurs villages et . Selon 1’200 habitations ont été entièrement brûlées dans le district de Maungdaw en octobre et novembre 2016. Des représailles qui prennent aussi la forme de viols collectifs, de disparitions forcées et de tortures. En janvier la vidéo montrant la brutalité de soldats birmans a provoqué l’indignation internationale. Trois militaires viennent d’être arrêtés.  

Des intérêts économiques derrière le nettoyage ethnique

L’apatridie des Rohingyas empêche les victimes des crimes de défendre leurs droits devant les tribunaux birmans. La solution immédiate est dans la modification de la loi de 1982. D’ailleurs la citoyenneté des Rohingyas leur est reconnue dans deux documents diplomatiques datant de 1978 et 1992 comme l’explique Anders Corr dans un article récent.

Mais les habitants bouddhistes ont eux-même été chassé de leurs terres et c’est probablement aussi l’une des explications aux confrontations accrues entre les communautés depuis 2012. Selon Saskia Sassen, professeure de sociologie à l’Université de Columbia, les hostilités récentes sont dues à l’avidité économique des dirigeants et des investisseurs internationaux. Durant les années 90, les militaires au pouvoir ont confisqué d’énormes territoires appartenant à des petits propriétaires terriens afin d’exploiter des mines, des forêts et des fermes. Ces expropriations ont beaucoup augmenté en 2012 alors que plusieurs lois ont été modifiées notamment la loi foncière, la loi sur les investissements étrangers et la loi de 1963 sur les paysans. Même si le secteur agricole est encore protégé des investissements étrangers, des montages juridiques permettent de les contourner.

L’Etat de Rakhine est le plus pauvre de Birmanie mais bien situé pour accueillir les investisseurs étrangers. Les groupes pétrochimiques chinois y sont déjà bien placés avec la présence de China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), PetroChina et China National Petroleum Corporation (CNPC). Il ne faut pas espérer de pression de la part des dirigeants chinois qui craignent l’ingérence dans leurs affaires tibétaines et ouïgours. Mais il n’y a pas que la Chine bien qu’elle soit très en avance. Les Etats-unis et l’Union européenne ont aussi beaucoup investi au Myanmar et ne souhaitent pas s’aliéner les dirigeants birmans au bénéfice de la Chine. Du côté des  puissances régionales de l’ASEAN il n’y a pas non plus d’espoir malgré l’indignation récente du premier ministre malaisien, Najib Razak à l’égard du “génocide Rohinghya”.

Les espoirs viennent de l’intérieur. En réaction aux nombreuses critiques internationales, une Commission nationale (de conseil) présidée par Kofi Annan a été mise sur pieds mais elle tarde à produire des recommandations. Même la marge de manoeuvre d’Aung San Suu Kyi est limitée par le pouvoir encore importants des militaires. Cependant, une nouvelle militarisation de l’Etat de Rakhine refroidira les investisseurs. Aussi, sans amendement de la loi sur la citoyenneté, les Rohingyas ont tout intérêt à poursuivre la résistance et intensifier leurs attaques.