Behrouz Boochani, porte-voix des réfugiés prisonniers de Manus et de Nauru

Il n’est pas facile de rendre hommage à Behrouz Boochani, un réfugié iranien détenu depuis cinq ans à Manus, île reculée de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Behrouz Boochani est depuis plusieurs années, le porte-voix des requérants détenus à Manus et Nauru. Il dénonce régulièrement la politique meurtrière du gouvernement australien et documente jour après jour sur Twitter et sur Facebook la souffrance des personnes enfermées sur ces îles.

Depuis février 2016, il publie régulièrement des articles pour The Guardian. Il est co-réalisateur du film “Chauka, please tell us the time” sorti en 2017 et il est l’auteur du livre intitulé “No Friend But the Mountains: Writing from Manus Prison”, traduit par Omid Tofighian et publié en juillet 2018.

Un livre écrit par messages WhatsApp

Je l’ai lu et je le recommande. C’est un document unique qui raconte la torture, les mauvais traitements, les humiliations quotidiennes, la saleté crasse du centre de détention, la douleur de la faim, les longues files pour obtenir au goutte-à-goutte une nourriture abjecte, mais aussi les règles destinées à broyer, les fouilles quotidiennes des chambres, l’oisiveté qui tue à 40 degrés sous le soleil, l’abandon du monde, les rencontres secrètes dans les toilettes et surtout la souffrance des enfants, des familles séparées, la maladie, la violence inutile des gardiens qui s’enfuient à la nuit tombée.

C’est un livre écrit dans le plus grand secret avec deux pouces durant cinq ans. Grâce à l’application WhatsApp les textes ont été envoyés à Moones Mansoubi, interprète basée à Sidney. C’est elle qui a contacté Omid Tofighian pour la traduction des textes compilés.

Dans les récents interviews pour The Guardian et Al Jazeera, Behrouz Boochani déclare que l’écriture répondait à différents besoins celui de conjurer la peur des fouilles systématiques, celui de témoigner et celui de conserver son identité.

Une incroyable malchance

Mais il raconte aussi son incroyable malchance. A quatre jours près, sa demande d’asile aurait pu être examinée en Australie. Journaliste en Iran, Behrouz Boochani, d’ethnie kurde est poursuivi pour ses positions notamment en faveur du peuple kurde et doit fuir son pays en mai 2013. En Indonésie, il est obligé de se cacher de la police pour éviter la prison et le refoulement vers l’Iran. Alors il tente deux fois la traversée pour l’Australie, en vain. La première fois son bateau fait naufrage au large des côtes. Il est miraculeusement sauvé par des pêcheurs qui le livrent à la police indonésienne. Puis il fait une deuxième tentative le 16 juillet 2013 mais son bateau se perd en mer et au bout de sept jours, le 23 juillet, il est repéré par la marine australienne. Trop tard. Depuis le 19 juillet, l’Australie applique  sa politique de refoulement et détention offshore. Après un mois de détention à Christmas Island, il est déporté par avion vers l’île éloignée de Manus, en Papouasie Nouvelle Guinée.

Behrouz Boochani une belle étoile à cueillir

Le 26 avril 2016, la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée juge illégal le centre australien de détention de migrants sur l’île de Manus, et ordonne au gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée de le fermer. La Cour juge ce centre contraire au droit à la dignité humaine protégé par la Constitution. Le centre de réfugiés sera officiellement fermé en octobre 2017.

Aujourd’hui Behrouz Boochani réside toujours sur l’île de Manus à Lorengau dans un centre de transit ouvert. Il considère qu’il est toujours prisonnier dans une île hostile. Il s’est inscrit au programme de réinstallation pour les Etats-Unis mais n’a pas été encore été convoqué pour un entretien. Près de deux cents réfugiés ont déjà été réinstallés mais la plupart des personnes déboutées du programme sont malheureusement d’origine iranienne.

En attendant Behrouz Boochani continue de témoigner. Vous pouvez le suivre sur Twitter et sur sa page Facebook.

Voir aussi:

Behrouz Boochani: Living in limbo on Manus Island | Talk to Al Jazeera in the Field

The asylum detainee who shot a film in secret

Quelques chiffres clés (source Australia Refugee Council)

  1. Depuis juillet 2013, 3 127 personnes ont été envoyées à Nauru ou à Manus dans le cadre du traitement offshore des demandes d’asile. Australia Refugee Council estime que 1 534 personnes sont toujours à Nauru ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée au 29 juillet 2018 et au 30 juin 2018 et 219 se trouvaient toujours au centre de traitement régional de Nauru.
  2. De septembre 2012 à mai 2018, 646 personnes ont quitté «volontairement» Manus et 165 de Nauru pour retourner vers leur pays d’origine et 20 personnes ont été expulsées de force.
  3. 494 personnes ont été transférées en Australie pour y recevoir des soins médicaux.
  4. 7 personnes sont parties pour le Cambodge au 30 avril 2018.
  5. 372 personnes ont été acceptées par les États-Unis alors que 121 ont été refusées par les États-Unis (21 mai 2018). De loin le plus grand nombre de ceux qui ont été refusés viennent d’Iran (70), bien que 15 Iraniens aient été acceptés.
  6. Nauru compte 170 familles, dont 99 familles comptant 158 ​​mineurs au 26 février 2018.
  7. Au 23 octobre 2017, il y a au moins 100 enfants nés de personnes soumises au traitement offshore.
  8. Au 21 mai 2018, il restait 583 réfugiés reconnus en Papouasie-Nouvelle-Guinée et 821 réfugiés reconnus à Nauru.

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