(ats / 14.10.2013).

Le Tribunal administratif fédéral (TAF) désapprouve la grande réforme de l’asile proposée par Simonetta Sommaruga. Craignant une hausse incontrôlée des recours, il s’oppose notamment à l’assistance juridique gratuite pour les requérants, prévue par le texte. Cette aide ne bénéficiera pas à tous de la même manière, critique le TAF dans sa réponse au projet de loi du Conseil fédéral en consultation jusqu’à lundi dernier. La prise de position, datée du 3 octobre, n’était pas destinée à être publiée. Elle est parue pour la première fois dans le « Tages-Anzeiger » et le « Bund » samedi. Dans les cas complexes, relevant d’une procédure allongée, le demandeur d’asile n’a le droit à une assistance juridique gratuite que si son recours contre une décision de l’Office fédéral des migrations (ODM) a une chance d’aboutir, note le tribunal. A l’inverse, lorsque le cas ne nécessite pas d’être clarifié davantage, il entre dans le cadre de la procédure dite accélérée. Le requérant bénéficie du conseil juridique gratuit prévu par la réforme. Il en va de même pour les personnes ayant déjà déposé une requête dans un autre Etat Dublin et dont la responsabilité incombe dans cet Etat.

Expérience néerlandaise
« Il est difficilement compréhensible que la protection juridique s’applique davantage pour des demandes claires, qui ont été traitées en première instance dans le cadre d’une procédure accélérée ou une procédure Dublin, que pour des cas complexes », écrit le TAF. Le tribunal propose que, comme pour les cas complexes, les requérants au bénéfice d’une procédure accélérée ne reçoivent l’aide gratuite « que si leur recours n’est pas sans espoir ». Dans le cas contraire, les juges craignent d’être submergés par les plaintes. Et de citer l’exemple des Pays-Bas, dont s’est inspirée Mme Sommaruga pour son projet de loi, « où le taux de recours s’élève à plus de 90% ».

En 140 jours au lieu de 700
Le projet du Conseil fédéral vise à trancher 60 % des demandes en 140 jours au lieu des 700 que prennent aujourd’hui en moyenne les cas complexes. Après une phase préparatoire de maximum 21 jours, les requérants pour lesquels les faits sont clairs et ne nécessitent pas d’autres investigations feront l’objet d’une procédure accélérée. Leur cas devrait être tranché en 100 jours, exécution de renvoi incluse le cas échéant. Pour les personnes ayant déjà déposé une requête dans un autre Etat Dublin, qui présentent à elles seules environ 40 % des demandes, le délai est fixé à 140 jours. A titre de « mesure d’accompagnement à l’accélération », les requérants auront droit à un conseil et une représentation juridiques gratuits. Pour les cas plus complexes, les procédures devraient pouvoir être bouclées définitivement en un an.

Effectifs insuffisants
Le projet de loi prévoit également la création de centres fédéraux permettant de centraliser les procédures. Des juges fédéraux pourraient dans certains cas y être appelés en renfort, ce que conteste le TAF. Les effectifs actuels sont insuffisants: « si trois juges et greffiers devaient se déplacer dans un de ces centres, ce serait au détriment de l’avancée du travail à St-Gall, qui serait laissé en plan », avertit encore le tribunal.

Tout ça pour ça ?
Je ne comprends pas la position si tardive du TAF. Il faut se rappeler que la promesse d’une assistance juridique gratuite dans le cadre d’une procédure accélérée a décidé une bonne partie des députés et des votants lors du référendum populaire à accepté la modification de la Loi sur l’asile (9 juin 2013).
Le TAF aurait dû se prononcer beaucoup plus tôt sur cette question. Mais la question principale est: fallait-il vraiment restructurer la procédure d’asile pour l’accélérer? En fait NON comme l’explique le CSP dans sa prise de position du 7 octobre 2013 (lien: http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2013/10/10/csp-prise-de-position-sur-le-projet-de-modification-de-la-loi-sur-l-asile/). Le CSP démontre par A+B qu’une restructuration ne permet pas d’accélérer l’exécution des renvois qui dépend de facteurs exogènes aux autorités d’asile suisses. Cela me rappelle une petite phrase éclairante de Monsieur Mario Gattiker rencontré à Berne lors du déjeuner de presse le 11 juin 2013: Les accords ou partenariats avec les pays concernés ne garantissent pas une procédure facilitée en matière de renvoi. Beaucoup de pays avec lesquels il n’existe aucun accord ou partenariat ne posent aucun problème à la Suisse lorsqu’il sagit d’accueillir leurs ressortissants déboutés de l’asile dans notre pays. Le partenariat ne serait-il qu’un arrangement pécunier? A Gattiker d’ajouter comme si de rien n’était: la restructuration de l’asile est l’occasion de donner les moyens financiers à l’ODM pour bien faire son travail. Lorsque le nombre de demandes d’asile baisse en Suisse, on coupe aussi les budgets (lien: https://forumasile.org/2013/06/16/tete-a-tete-avec-mario-gattiker-directeur-de-loffice-federal-des-migrations-odm/).

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